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La France doit faire du commerce international un facteur de sa prospérité et un accélérateur de la décarbonation

Par La Fabrique de l'Exportation - 05/04/2022

Concurrence déloyale, nuisances environnementales, risque à écarter : la campagne présidentielle 2022 réduit trop souvent le commerce international à ces seuls angles. Dirigeants d’entreprises exportatrices, professionnels et enseignants-chercheurs en management international, réunis par La Fabrique de l’Exportation, défendent une autre lecture. Et si l’ouverture commerciale devenait un levier de prospérité et de décarbonation ?

 

Nous, dirigeants d’entreprises françaises exportatrices, professionnels de l’international et enseignants-chercheurs en management international, souhaitons contribuer au débat d’idées de la campagne présidentielle de 2022 en rappelant le caractère essentiel du commerce international. Trop souvent présenté sous le seul angle de la concurrence déloyale, des nuisances environnementales ou du risque dont il faudrait se protéger, il occulte une réalité : la France y est bien plus intégrée qu’elle ne le croit. Nos exportations de biens et services nous placent au 6ᵉ rang mondial, et nos exportations hors Union européenne soutiennent à elles seules plus de 3,4 millions d’emplois en France.

Notre expérience montre qu’une internationalisation réussie fait la prospérité de nos entreprises, de leurs collaborateurs et de nos territoires, en diffusant de la richesse bien au-delà des grandes métropoles. La réciprocité des échanges et la défense des intérêts stratégiques européens restent légitimes, mais les entraves infondées au commerce international sont, contrairement aux idées reçues, sources de déséquilibres économiques et sociaux : inflation, manque d’investissement et d’innovation, appauvrissement.

Nous ne voyons donc pas de prospérité possible pour la France sur une base de protectionnisme ou d’autosuffisance. Le repli sur soi ne nous paraît pas compatible avec le commerce ni avec la paix, pas plus que la décroissance ne constitue une piste réaliste pour concilier prospérité et décarbonation. Sans éluder certains effets négatifs de la mondialisation, nous pensons que cette campagne présidentielle doit aborder le commerce international avec intelligence, créativité et sérénité, pour en faire un facteur clé de la prospérité française.

L’ouverture au monde, moteur de la prospérité française

L’accès aux marchés et aux fournisseurs étrangers est fondamental pour nos entreprises. L’exportation leur permet de diversifier leurs débouchés, de rentabiliser leurs investissements grâce aux économies d’échelle et d’accélérer leur innovation ; l’importation leur donne accès aux meilleures technologies et diversifie leurs sources d’approvisionnement. Sur le plan macro-économique, l’accès aux produits importés soutient par ailleurs le pouvoir d’achat des consommateurs français et européens.

L’activité internationale élève constamment le niveau de technicité de nos entreprises. Elle favorise la croissance, la création d’emplois, l’augmentation des salaires moyens, et constitue un facteur de résilience en période de crise. Quand une entreprise française réussit sur les marchés étrangers, ce sont ses territoires et leurs habitants qui en bénéficient : le succès à l’international alimente le pouvoir d’achat, la dynamique économique et la cohésion sociale.

Un commerce international plus équitable, accélérateur de la décarbonation

Le commerce international finance les investissements dans la greentech et diffuse rapidement les technologies nécessaires à la décarbonation de nos productions. Sans marché mondial, aucune des innovations que nous connaissons aujourd’hui dans les énergies, les matériaux ou les transports bas-carbone n’aurait été possible.

C’est surtout par le commerce international que les efforts de décarbonation peuvent s’imposer à l’échelle de la planète. La régulation verte des échanges, taxe carbone aux frontières, accords commerciaux intégrant des clauses environnementales, permet de diffuser des standards plus exigeants bien au-delà de nos frontières. Au-delà des seuls accords climatiques, cette régulation verte constitue un accélérateur à part entière de la lutte contre le réchauffement climatique.

Ces mêmes principes peuvent s’appliquer aux dimensions sociale et sociétale de la RSE, dans une approche universaliste. Le commerce international doit devenir un puissant facteur d’alignement des pratiques d’entreprises à l’échelle mondiale, et contribuer à une compétition plus loyale pour les entreprises françaises. Construire des indicateurs plus exigeants sur les composantes RSE des produits échangés devient ainsi un enjeu central pour le modèle européen d’économie sociale et écologique de marché auquel nous adhérons. L’Europe, compétente pour les négociations commerciales internationales, notamment au sein de l’OMC, doit être à la pointe de ces combats, la France ayant un rôle majeur à jouer pour faire valoir ces positions.

Ne pas manquer la révolution du commerce international des services

Entre 2011 et 2019, les échanges internationaux de services ont bondi de plus de 50 %, contre 22 % pour les biens sur la même période. La part des services dans les exportations françaises est passée de 24 % à plus de 30 % entre 2000 et 2019, et en valeur ajoutée, ces exportations dépassaient déjà celles des biens dès 2011. Pourtant, le commerce international des services reste mal analysé en France, et son exportation demeure sous-valorisée.

Cette accélération constitue la prochaine révolution du commerce international, déjà amorcée par l’adoption universelle de la visioconférence, qui a décuplé les possibilités de travailler, collaborer, vendre et acheter des services avec le monde entier. Le phénomène touche la santé, la formation, la data, le logiciel, l’ingénierie, la culture, le consulting, la transformation environnementale, le transport ou le tourisme. Il concerne aussi l’industrie, qui exporte de plus en plus de services associés à ses produits : formation, financement, assurance, garanties de performance, location, facturation à l’usage, recyclage, maintenance, accès aux pièces détachées sous forme de fichiers numériques.

Notre pays peut tirer un fort bénéfice de ces opportunités, d’autant que les échanges de services échappent aux coûts de transport et aux émissions carbone. Mais il faut rester lucide sur le risque de délocalisation associé : le phénomène pourrait se révéler plus brutal que la grande délocalisation industrielle des quarante dernières années, car il est plus rapide de déplacer des activités de services que des productions physiques. Anticiper ces mutations est indispensable pour positionner la France favorablement dans les chaînes de valeur mondiales.

Ce que nous attendons des candidats à la présidentielle

Conscients des atouts de notre pays comme des défis qui l’attendent, nous attendons des responsables politiques qu’ils utilisent le commerce international, puissant moteur de l’économie de marché, pour créer davantage de prospérité dans nos territoires et accélérer la décarbonation de notre économie. Nous invitons les candidats à l’élection présidentielle de 2022 à formuler des propositions en ce sens, afin de renforcer la place de la France dans un monde ouvert au commerce et aux échanges économiques.

Références :

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