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Pierre Xavier MESCHI

Interview Pierre Xavier MESCHI , Professeur des Universités IAE AIX-Marseille

Par Pierre Xavier MESCHI - 30/09/2026

Notre série Opinions d’experts se poursuit avec une nouvelle interview consacrée à nos partenaires et à leur rôle dans l’accompagnement des entreprises françaises à l’international. Pierre-Xavier Meschi, professeur des Universités à l’IAE Aix-Marseille, apporte son éclairage sur le commerce international et les stratégies d’internationalisation des entreprises.

Retrouvez ci-dessous la retranscription de cette interview :

Pouvez-vous vous présenter, vous et votre structure ?

Bonjour, je suis Pierre-Xavier Meschi. Je suis professeur de stratégie à l’IAE Aix-en-Provence, qui est une composante d’Aix-Marseille Université.

Mes enseignements et ma recherche portent sur les questions en lien avec l’internationalisation des entreprises.

Plus précisément, j’enseigne et je travaille sur des projets de recherche en lien avec l’exécution de la stratégie internationale, l’arbitrage sur les modes d’entrée à l’international et une thématique plus récente qui concerne l’impact de la géopolitique sur les comportements des firmes à l’international.

Que diriez-vous aux détracteurs pour les convaincre des bénéfices du commerce international pour la France ?

D’abord, je dirais que le commerce international n’est pas un bienfait unique, automatique. Le commerce international est évidemment porteur de création de richesse, d’innovation, de progrès, mais il faut qu’il se fasse dans un contexte de règles, dans un contexte régulé, équitable pour les parties en présence.

Souvent, ce qui est reproché aujourd’hui au commerce international, c’est d’être associé à des mécanismes de prédation et d’appropriation de ressources clés.

Il est important de rappeler que le commerce international doit se faire dans un contexte où tout le monde doit se retrouver gagnant : fournisseur, client.

Il faut aussi rappeler, et c’est très important, que lorsqu’on parle d’internationalisation des firmes françaises à l’international, il faut également attacher de l’importance à l’internationalisation des firmes étrangères en France. C’est cette idée du double sens de l’internationalisation, pour qu’il y ait un mouvement gagnant-gagnant.

Il est clair qu’aujourd’hui, lorsqu’on aborde les questions d’internationalisation de firmes étrangères en France, il y a souvent un discours simplificateur qui tend à assimiler les investisseurs étrangers, les acquéreurs étrangers d’entités françaises, de structures françaises, à des prédateurs, à des entités qui veulent s’approprier des ressources clés. Ou encore, je l’ai vu dans certains articles, on parle d’acquéreurs étrangers comme d’un cheval de Troie pour le compte de leur gouvernement.

Il est important de rappeler qu’il y a eu, dans l’internationalisation des firmes étrangères en France, un certain nombre d’échecs. C’est vrai. Mais il faut aussi rappeler que beaucoup d’entreprises, beaucoup de secteurs ont gagné, ont bénéficié de l’investissement étranger en France.

J’ai récemment publié une étude sur les acquisitions chinoises dans le domaine des vignobles bordelais. C’est un sujet qui, dans la presse, apparaît comme fortement polémique, puisqu’on a souvent mis en avant, sur ces acquisitions chinoises dans le vin bordelais, des échecs.

Il y a eu des échecs, il y a même eu des escroqueries. Mais si on regarde globalement le phénomène, on se rend compte que les acquisitions chinoises dans le Bordelais ont beaucoup plus apporté, ont fait beaucoup plus de gagnants que de perdants.

Elles ont permis à un certain nombre d’acteurs qui étaient en difficulté, voire en faillite, d’avoir des capitaux, de permettre des investissements, de restructurer leur chai, de restructurer leur appareil de production.

On a même montré dans notre étude qu’au-delà des acquisitions chinoises de châteaux ou de domaines dans le Bordelais, tout l’écosystème, tout le cluster viticole bordelais avait bénéficié de la présence de ces investisseurs chinois, via des échanges, des connaissances, un partage d’informations qui a permis à certains acteurs du Bordelais de commencer à exporter vers la Chine.

On voit un lien, et pour moi c’est très important, entre internationalisation entrante et internationalisation sortante au niveau du cas français.

Pourquoi avoir rejoint La Fabrique de l’Exportation et quelles sont vos attentes ?

Les attentes sont, je dirais, de deux ordres.

Le premier, c’est que, pour moi, La Fabrique de l’Exportation est un lieu d’échange, un lieu de rencontre avec des professionnels de l’export, de l’internationalisation. C’est un lieu où on peut, via ces échanges, confronter nos enseignements, les concepts qu’on enseigne, les outils qu’on enseigne à nos étudiants, à une réalité, et nous permettre en permanence de nous ajuster et de développer éventuellement de nouveaux outils, de nouveaux concepts. C’est le premier élément.

Le deuxième élément, c’est que, pour moi, c’est aussi un lieu où je peux exprimer une capacité qui est importante : mettre en perspective. C’est vraiment important au niveau de La Fabrique de l’Exportation : mettre en perspective l’expérience terrain, mon analyse académique et également les acteurs publics, qui sont des acteurs importants au sein de La Fabrique de l’Exportation.

C’est cette combinaison entre entreprise, acteur public et monde académique qui, à mon avis, constitue un élément de fertilisation croisée au niveau de La Fabrique de l’Exportation.

Quelle mesure prioritaire pour améliorer le commerce extérieur de la France ?

Je vais rester dans ma spécialité, dans mon couloir. Je vais parler d’éducation.

Je pense que ce qui est très important, c’est l’enseignement de l’internationalisation des entreprises. Il y a évidemment des modules de cours qui sont enseignés dans les écoles de commerce, dans les universités, dans les IAE.

Il y a également des masters spécialisés sur ces questions de commerce international, d’International Business. Mais je pense qu’il faut sortir du périmètre de la gestion.

Au niveau de la gestion, il faut, je pense, systématiser l’enseignement des modules d’internationalisation dans tous les programmes, pas uniquement dans les programmes spécialisés en management international, en commerce international.

Je pense également qu’il faut sortir du périmètre gestion et management et envisager d’enseigner ces questions d’internationalisation dans d’autres spécialités. Je pense aux écoles d’ingénieurs, aux écoles d’agriculture, à tout ce qui est en lien avec l’entrepreneuriat, les incubateurs, les accélérateurs.

S’il y avait une mesure phare à proposer au ministère de l’Éducation, au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce serait cette systématisation de l’enseignement de l’internationalisation dans les écoles post-bac en France.

Car il est clair que, si on veut augmenter le nombre d’entreprises exportatrices, il faut, dès les études, dès les premières années d’études, former les étudiants qui seront de futurs managers, de futurs dirigeants, à systématiquement penser international lorsqu’ils réfléchissent à leur stratégie et au développement de leur entreprise.

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