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L’exportation collaborative et la coopétition

L’exportation collaborative et la coopétition comme sources d’inspiration pour la vie politique française ?

Par La Fabrique de l'Exportation - 06/02/2022

Face à une Assemblée nationale sans majorité absolue, La Fabrique de l’Exportation interroge un parallèle inattendu : et si les mécanismes de l’exportation collaborative, chers à son vice-président Jean-Christophe Gessler, pouvaient inspirer une nouvelle culture de coopération au sein d’une vie politique française marquée par la division et la défiance ?

L’exportation collaborative, un modèle déjà éprouvé chez nos voisins européens

La Fabrique de l’Exportation appelle depuis plusieurs années les entreprises françaises à aborder l’international ensemble, en s’appuyant sur les principes de l’exportation collaborative. Jean-Christophe Gessler, vice-président de l’organisation, a coécrit un ouvrage de référence sur le sujet, L’exportation collaborative : se regrouper pour exporter, qui insiste sur l’ingénierie de projet, le temps long et la culture du consensus.

Travailler avec d’autres exportateurs, y compris des concurrents directs, demande un véritable savoir-faire. Chez plusieurs pays voisins comme l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas, les entreprises parviennent à organiser un projet et une gouvernance commune, parfois au terme d’un processus long, jusqu’à en faire un réflexe dans leur pratique de l’international. Cette capacité n’est pas sans rappeler l’esprit de coalition et de compromis qui structure la vie politique de ces pays.

Les récentes élections législatives françaises, en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, imposent de repenser le fonctionnement politique. De la même façon que l’exportation en solo devient trop coûteuse pour ne pas envisager une démarche collaborative, piloter une assemblée sans majorité absolue est difficilement tenable sans une forme de coopération entre partis. Cette situation politique pourrait devenir l’occasion, pour les partis, de mettre en œuvre des mécanismes similaires à ceux qui fonctionnent déjà dans le commerce international.

Une Assemblée divisée, un appareil exportateur français tout aussi fragmenté

Le constat de départ se retrouve des deux côtés. Pour le pays, il s’agit d’une Assemblée nationale partagée entre forces rivales, dont aucune ne peut décider seule ; s’y ajoutent des postures qui valorisent trop souvent l’esprit de clan, l’agressivité et les approches dogmatiques. Chacun pense détenir l’exclusivité des solutions à apporter au pays, sans disposer des moyens de les appliquer seul.

Pourtant, la situation de la France et du monde oblige les représentants du peuple à construire des réponses face à des défis multiples : éducation, changement climatique, sécurité internationale et nationale, pouvoir d’achat, énergie. Le blocage institutionnel conduirait à la régression et à une marginalisation dont seuls les rivaux de la France profiteraient.

Le même constat culturel s’applique à l’appareil exportateur français, marqué par les contre-performances de la base industrielle, un solde des biens chroniquement déficitaire et de nombreuses PME encore trop peu efficaces à l’international. Le manque de formation aux compétences en management international et un dispositif d’accompagnement perfectible achèvent ce tableau. L’approche française reste trop divisée, tiraillée par la défiance entre exportateurs et entre institutions, alors même que la demande progresse fortement sur les continents asiatique et africain et que la concurrence internationale s’intensifie.

Pragmatisme, ingénierie et exécution : la méthode d’une gouvernance partagée

Dans les deux cas, le changement suppose un mode de fonctionnement et un état d’esprit différents. Il s’agit d’abord de regrouper les acteurs capables de se donner un cap commun, celui de l’intérêt collectif, en partant du principe que la division sert des intérêts particuliers à court terme mais jamais ceux du pays sur la durée. L’objectif partagé doit primer : faire gagner le pays plutôt que son camp.

La suite relève du pragmatisme, de l’ingénierie et de l’exécution. Il convient d’identifier les problèmes à traiter, puis de négocier autour des dénominateurs communs à l’intérieur de ce que les négociateurs appellent la « zone d’accord possible » : l’espace de solutions qu’aucune partie ne juge idéal, mais que chacune peut accepter. Restent ensuite à trancher les arbitrages, répartir les responsabilités et définir une feuille de route assortie d’un plan d’exécution. Une majorité d’États européens, gouvernés par des coalitions, maîtrisent déjà cet exercice : leurs partis coopèrent pour diriger le pays tout en préservant leur identité, qu’ils continuent de défendre à chaque élection.

Coopétition : construire une vision plutôt que subir la stagnation

Travailler avec d’autres exportateurs, voire avec ses concurrents, dans une logique managériale de coopétition revient à construire plutôt qu’à stagner, à s’affirmer plutôt qu’à rester en marge. C’est mobiliser ses ressources pour démontrer son talent et son expertise, là où le marché juge sur la base de l’offre proposée, tout comme les citoyens évaluent les résultats obtenus par leurs dirigeants. Dans les deux cas, l’Histoire retient ceux qui ont su dépasser leurs idées pour bâtir une vision inspirante, sans dogme ni excès.

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