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Interview exclusive d'Anne Crépin , directrice Crédit Export chez Sfil

Par Anne Crépin - 08/09/2026

Cet échange s’inscrit dans notre mission : donner la parole aux acteurs clés de l’écosystème export afin de partager leurs visions, leurs expériences et leurs bonnes pratiques pour accompagner les entreprises françaises dans leur développement international.

À travers ce format, nous souhaitons mettre en lumière les initiatives et les engagements qui contribuent à renforcer la compétitivité de nos entreprises, mais aussi à enrichir le cercle d’échanges autour du commerce international.

 

Retrouvez ci-dessous la retranscription de cette interview :

Pouvez-vous vous présenter, vous et votre structure ?

Bonjour, je suis Anne Crépin. Je suis la directrice du Crédit Export de Sfil et membre du comité exécutif. Je suis également conseillère du commerce extérieur depuis 2007, et à ce titre j’anime un groupe de travail sur le financement export.

Sfil, c’est la banque publique de développement française qui refinance les grands crédits à l’exportation. Nous sommes actifs sur ce marché depuis 2016, et depuis cette date nous avons réalisé 37 opérations pour un montant total de 42,7 milliards de crédit export générés, dont Sfil a refinancé 22,1 milliards.

Comment Sfil finance-t-elle le développement export des entreprises ?

Peut-être un petit mot d’abord sur le crédit export. Un crédit export, c’est un crédit apporté par des banques commerciales avec l’aide de Sfil, et qui bénéficie d’une assurance crédit. Ce crédit export existe parce que derrière il y a un contrat commercial, et il sert à financer ce contrat. Ce que Sfil apporte à ce marché depuis 2016, c’est sa capacité d’accès au marché financier. Sfil émet des obligations sur les marchés financiers à travers deux véhicules. Nous émettons entre 6 et 9 milliards d’euros par an, et nous avons la chance d’émettre à travers un véhicule de covered bond, qui bénéficie, du fait des garanties associées, d’un rating toujours triple A. L’autre véhicule, c’est Sfil elle-même, une agence française appartenant à l’État, qui a donc un rating plus bas, équivalent à celui de l’État français. Au total, cela nous donne un accès à la liquidité à des conditions tout à fait favorables.

Cette année, pour vous donner un exemple, nous nous finançons au même niveau que l’État français. C’est quelque chose que nous apportons : de gros volumes de liquidité à ce marché du crédit export, un pricing intéressant et attractif, et aussi du long terme, puisque nous nous positionnons sur des maturités qui sont en général aux alentours de dix ans. Dix ans émis sur les marchés financiers, cela correspond très bien aux besoins du crédit export, qui est un financement de long terme. Nous apportons donc toute cette capacité de financement à ce marché, en coopération avec les banques commerciales, sans nous substituer à elles : nous venons les aider et travailler en partenariat avec elles pour améliorer les conditions de financement apportées à travers le crédit export, qui bénéficie de l’assurance crédit de BPI.

Quelles opportunités et quels défis à l’international dans le contexte actuel ?

Dans le contexte actuel, ce que nous constatons sur les marchés, c’est une fragmentation croissante, de façon globale. On en a beaucoup parlé : les droits de douane, les guerres, les conflits dans différentes régions, les fermetures de détroits, donc des routes commerciales qui se bloquent par moment. Tout cela est assez nouveau. Nous avons connu des événements, des crises, mais le caractère successif et répétitif de ces crises est quelque chose de plus récent. Dans ce contexte, ce qui est nécessaire, c’est vraiment de faire preuve d’agilité. C’est un sujet qui nous tient à cœur, sur lequel nous souhaitons évoluer, faire bouger nos outils et notre façon d’accompagner les entreprises, qui elles-mêmes doivent, au jour le jour, revoir leur stratégie commerciale. Quand un marché vous taxe, il faut potentiellement se tourner vers un autre marché. Quand des routes commerciales se ferment, il faut en trouver d’autres. Il faut être extrêmement réactif, et je pense que c’est quelque chose de nouveau qui peut créer de gros défis, mais également d’énormes opportunités pour les entreprises qui sauront s’en saisir.

Que diriez-vous aux détracteurs pour les convaincre des bénéfices du commerce international pour la France ?

Le commerce international par nature, et l’internationalisation des entreprises, c’est d’abord et avant tout un relais de croissance pour toute entreprise industrielle. Si elle regarde uniquement le marché français, celui-ci reste, quelque part, un peu fini, déterminé. Se projeter à l’international, c’est donc aussi se projeter vers un chiffre d’affaires supplémentaire, une capacité d’accès et de développement accrue. Mais c’est aussi souvent une capacité d’innovation additionnelle. Aller à l’international impose parfois d’adapter ses produits, ses processus, ses méthodes, et tout cela fait évoluer l’innovation, en retour, pour le marché français aussi. C’est donc, d’une certaine façon, gagnant-gagnant.

Le commerce international est aussi accompagné, et nous le regardons de très près quand nous travaillons sur le crédit export. Le sous-jacent du crédit export, c’est un contrat commercial à l’exportation, ce qui veut dire qu’un crédit export n’est pas monté s’il n’y a pas d’emplois en France, s’il n’y a pas de contenu français. Soutenir le crédit export et le commerce international, c’est donc aussi soutenir des emplois industriels, et soutenir la réindustrialisation. Tout cela va dans le sens du souhait général, je crois.

Pourquoi Sfil a-t-elle rejoint La Fabrique de l’Exportation et qu’en attend-elle ?

Comme nous le disions, ce monde évolue vite, et il nécessite une veille, je dirais, d’être toujours dans le jeu de ce qui se passe. Je pense que La Fabrique de l’Exportation peut nous aider à avoir une veille active et proactive, et continuer à contribuer au flux d’information que nous pouvons recevoir. Mais au-delà de cette veille, que nous menons aussi par nous-mêmes, ce que nous attendons de La Fabrique de l’Exportation, c’est une réflexion, un pas de côté, un peu de hauteur, pour mener les analyses qui vont nous aider à prendre le recul nécessaire et à réfléchir à nos orientations stratégiques en la matière.

Quelle mesure prioritaire pour améliorer le commerce extérieur de la France ?

Je ne vais pas parler d’une mesure en particulier, mais d’un état d’esprit. Je pense que l’état d’esprit de simplification est indispensable. Aujourd’hui, nous avons besoin d’agilité, tout s’accélère, nous en parlions. Si nous restons trop enfermés dans les process, dans les produits, cela nous bloque. Réfléchir à simplifier les processus, simplifier les mesures d’autorisation aux exportations, simplifier le soutien à l’exportation de façon globale, c’est quelque chose qui peut nous faire réagir plus vite et permettre d’être agile, ce qui est absolument indispensable.

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