La Fabrique de l’Exportation a eu le plaisir d’accueillir Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies, pour une interview exclusive.
Cet échange s’inscrit dans notre mission : donner la parole aux acteurs clés de l’écosystème export afin de partager leurs visions, leurs expériences et leurs bonnes pratiques pour accompagner les entreprises françaises dans leur développement international.
À travers ce format, nous souhaitons mettre en lumière les initiatives et les engagements qui contribuent à renforcer la compétitivité de nos entreprises, mais aussi à enrichir le cercle d’échanges autour du commerce international.
Retrouvez ci-dessous la retranscription de cette interview :
Pouvez-vous vous présenter, vous et votre structure ?
Bonjour, je suis Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies. TotalEnergies est une compagnie multi-énergie qui a des implantations dans 120 pays de cette planète, forte de plus de 100 000 collaborateurs dont un tiers sur le territoire français, avec des activités variées qui sont représentatives d’une stratégie sur deux piliers.
Le premier pilier : la sécurité énergétique sur essentiellement le pétrole et le gaz, les carburants, le fioul, le gaz, qui sont encore les énergies que la France notamment et le monde plus largement utilisent majoritairement aujourd’hui. Mais aussi un deuxième pilier de préparation au monde de demain avec un développement fort dans les nouvelles énergies et notamment dans l’électricité de façon très affirmée, puisque nous avons aujourd’hui des positions très fortes dans l’électricité. Nous sommes en train de devenir, avec ce nouveau métier d’électricien, un électricien majeur mondial, mais aussi dans les biocarburants, la production de biogaz, le stockage de batteries et le pilotage de la décarbonation, à la fois de nos unités et de celles de nos clients, avec des produits dont l’intensité carbone se réduit au fur et à mesure.
TotalEnergies est une entreprise qui, depuis de nombreuses années, a souhaité accompagner l’écosystème international français en accompagnant notamment les PME françaises à l’international pour faire de l’international un levier de compétitivité. Et on a, dans cet accompagnement, trois axes.
Le premier, c’est de pouvoir héberger dans un certain nombre de filiales sur la planète, gratuitement, les collaborateurs des PME françaises quand elles mettent un premier pied quelque part, pour qu’elles ne soient pas toutes seules. On joue un peu un rôle de grand frère, on va dire, en les accueillant avec nos équipes dans nos filiales.
Le deuxième axe, c’est de les accompagner en mission collective à l’international. Dans un certain nombre de pays, on les a accompagnées l’an dernier, dans une douzaine de pays sur cette planète, sur des sujets très différents : les batteries au Moyen-Orient, sur la smart city en Espagne, sur le recyclage, sur l’éolien offshore, sur l’Oil and Gas au Moyen-Orient, de façon à leur permettre d’avoir une ouverture sur un carnet d’adresses localement et de pouvoir présenter, aux côtés de nos équipes et des équipes des acteurs de l’international français, ce qu’elles peuvent apporter et comment elles peuvent se diversifier à l’international.
Et puis le troisième axe, ce sont les prêts à taux zéro, puisque nous faisons des prêts à taux zéro pour les PME françaises. Quand elles souhaitent s’internationaliser et investir pour pouvoir faire de l’international un levier de compétitivité, nous sommes aussi en mesure de les accompagner si elles créent des emplois, et de les financer pour ce faire.
Pourquoi un partenariat avec La Fabrique de l’Exportation ?
Alors, on a un partenariat avec La Fabrique de l’Exportation parce que, évidemment, nous avons cette volonté d’accompagner l’écosystème des PME françaises à l’international. Et La Fabrique de l’Exportation, c’est le think tank spécialisé justement dans l’innovation pour le commerce international. Un think tank spécialisé aussi dans le soutien et la vraie volonté du soutien à l’écosystème des entreprises françaises pour justement renforcer leur efficacité dans le commerce international.
On a un partenariat que nous avons signé en 2021 parce que nous avons cette stratégie commune de nous ancrer dans l’efficacité et la compétitivité que nous cherchons à avoir pour l’écosystème français, pour qu’il puisse s’exporter, pour que l’international soit un véritable levier de compétitivité. Et d’ailleurs, dans cette décision et cette stratégie, nous avons monté un cercle de réflexion avec les acteurs français de l’international, ce qui nous a conduits à avoir des réflexions sur la meilleure efficacité possible.
Et d’ailleurs, nous avons dans ce cadre-là décidé de faire un benchmark des meilleures pratiques que nos pays voisins utilisent pour être eux-mêmes efficaces, et pour pouvoir évidemment en discuter entre nous, avec les expertises croisées que nous avons dans ce cercle avec tous les acteurs français de l’international. On peut se dire qu’évidemment, il y a un certain nombre de compétences qu’il faut avoir, un certain nombre de choses qu’ils ont mises en place dans leurs pays respectifs pour être efficaces. Tirons la substantifique moelle de l’efficacité qu’ils ont mise en place et essayons de voir comment nous-mêmes on peut l’adapter pour être plus forts, plus compétitifs et aller plus loin ensemble.
Il y a beaucoup de compétences pour réussir dans le commerce international et on a besoin d’avoir la multiplicité de ces compétences pour être efficace. Les équipes qui sont efficaces à l’international, déjà, il faut qu’elles aient une vraie bonne vision interculturelle, une véritable adaptabilité, une vraie connaissance des codes parce que chaque pays a sa façon de fonctionner. Donc l’interculturel, c’est quand même important.
Peut-être que le deuxième sujet, c’est une vraie vision des risques géopolitiques dans le monde qui est celui d’aujourd’hui, avec la fin des multilatéralismes. Je crois que ça fait partie des analyses que les entreprises doivent faire : l’analyse des chaînes de valeur, des faiblesses, des risques, et de comment est-ce qu’on prend ces risques pour diversifier ses chaînes d’approvisionnement par exemple. Ça, ça fait partie aussi de ce qui est important.
Le digital ensuite, parce qu’aujourd’hui les CRM et le e-commerce sont au cœur du commerce international et de son développement. Et puis évidemment l’intelligence artificielle, parce qu’elle fait partie aujourd’hui de ce qui va permettre, pour certains, d’avoir cette efficacité par rapport aux autres. Il faut toujours évidemment se benchmarker, il faut regarder quelles sont les dernières innovations technologiques, et ça en fait partie.
Autre sujet : toutes les chaînes d’approvisionnement. On le voit dès qu’il y a un conflit quelque part, il faut savoir se repositionner. Donc l’agilité et l’analyse des interdépendances, des dépendances critiques, des terres rares, de ces chaînes d’approvisionnement. Ce n’est pas faire un appel d’offres forcément pour se dire « Je vais chercher le meilleur prix ». Il y a le prix, mais il y a aussi la diversification de ces chaînes d’approvisionnement.
Évidemment, il faut des compétences financières, il faut des compétences juridiques, et puis il faut des compétences en commerce, parce que le commerce international, bah il faut être commerçant. Il y a des pays qui sont plus commerçants que nous, et je pense que ça fait partie des compétences centrales de quelqu’un et d’une entreprise qui cherche, avec ses équipes, à aller à l’international.
Et puis peut-être pour terminer, on est dans un environnement de normes qui change beaucoup, de nécessité aussi de décarbonation, d’impact, et d’impact sur l’environnement. Et donc ça fait partie aussi de la transformation que les entreprises doivent intégrer dans leur stratégie pour être efficaces aussi à l’international.